Et si on arrêtait de parler de la fin de l’âge d’or du rap français ?

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Les chroniques de la fiole #1

Publié le 9 septembre 2020

En me baladant sur Twitter ou en discutant avec d’autres passionnés, je sens une ambiance bizarre, une sorte d’amertume dans ce monde de dépressifs en puissance (tiens, et si c’était tout simplement les 4 ans de lean qui commencent à avoir des répercussions ?). Hormis les fans du 667 qui vivent leur meilleure vie, beaucoup sont dubitatifs sur l’avenir du rap.

Projets répétitifs, format fast-food calibré streaming, catégorisation quasi systématique (rap de iencli, rap de quartier, rap love, zumba, rap de fuckboy, rap conscient)… On entend souvent que l’âge d’or du rap s’est achevé en 2019

VRAIMENT ?

Syndrome pré-traumatique

Un tel discours défaitiste est symbolique d’un syndrome pré-traumatique, comme s’amusait à le dire le musicien Gilad Altzmon, ou d’une prophétie auto-réalisatrice, si tu préfères.

La prophétie autoréalisatrice « est une situation dans laquelle quelqu’un qui prédit ou s’attend à un événement, souvent négatif, modifie ses comportements en fonction de ses croyances, ce qui a pour conséquence de faire advenir la prophétie ».

Personnellement, je préfère l’idée de syndrome pré-traumatique – déjà car ça sonne plus stylé – et ensuite parce qu’il s’appliquait déjà parfaitement au public rap des années 2000, à la phobie engendrée par les conséquences de la décennie noire. Dix ans pour les auditeurs à avoir la sensation de laisser derrière eux les plus belles années de leur vie, comme ce pilier de bar nostalgique de l’époque de ses 400 coups.

Lâcher du leste au lieu d’ouvrir les paris sur la mort du rap est alors une première piste pour nous éviter d’avoir à revoir en vente des tshirts « le rap c’était mieux avant ». 

Le streaming c’est bien, digger c’est mieux.

Je suis le premier consommateur de plateformes de streaming, de suggestions d’artistes, de playlists qui posent une ambiance, ça profite à – relativement – tout le monde, et c’est très bien. Pas besoin d’un billet de blog qui sonne comme une énième bouteille à la mer, j’ai mieux à faire que de supplier des codeurs Californiens de revoir leurs algorithmes.

En revanche, je peux te suggérer de ralentir : on n’écoute pas du rap comme on scroll un fil d’actualité. 

Par exemple, au lieu de laisser Spotify te proposer un nouveau rappeur dès la fin d’un projet, et si tu te renseignais sur l’artiste que tu viens d’écouter ? Sur sa maison de disque ? Son producteur ? Leur catalogue ? Si tu regardais les connaissances du plus petit rappeur fraîchement signé ? Je ne suis même pas un expert en digging, mais tu as déjà une méthode pas trop dégueulasse. Nos grands frères avaient l’excuse de n’avoir que les pochettes d’album et les magazines pour prendre les infos, mais tu as la chance d’avoir les abonnements Instagram, les 10000000 médias rap en ligne, bref un accès illimité à l’info.

Si on arrivait à partager équitablement notre temps entre consommation massive et digging, les artistes et maisons de disque s’émanciperaient davantage du contenu calibré pour les plateformes de streaming, réglant – en partie – le problème du format répétitif. 

Un rappeur, c’est une équipe

On est d’accord, on ÉCOUTE du rap avant tout. Clips, shootings, métiers du son ou de l’audiovisuel ne parlent pas  à tout le monde. 

Mais, tout comme l’artiste n’existe pas sans son équipe de prod’, derrière chaque rappeur, il y a un clippeur, un beatmaker, des techniciens son, des intermittents du spectacle payés au lance-pierre – parfois même des stylistes -. 

Un projet de rap, c’est comme un mini-film, ça se construit à plusieurs, et ce plusieurs doit apparaître au générique.

Relativiser

On a eu le projet de Laylow cette année, arrête de chialer.

Sors de ta chambre !

Quand on regarde bien, la décennie noire n’a touché que les consommateurs de rap en radio – et même pas forcément les consommateurs de radios nocturnes -. Les vrais diggers ont au pire ronchonné sur les forums, mais avaient de quoi faire (TSR Crew, Nubi, Hocus Pocus…).

Pour ceux qui vivent le rap au lieu de simplement l’écouter, il n’y a jamais eu d’âge d’or, de décennie noire, de renouveau… Rien ne change à part les saisons. On aura constamment des open-mics, des concerts, des lieux spécialisés, et l’auditeur impliqué savourera toujours la musique à l’instant T.

Le renouveau de 2010, beaucoup l’accordent aux Rap Contenders qui ont vu émerger la génération Entourage. Y a-t-il besoin de préciser que ces jeunes du sud parisien vivaient le mouvement à fond avant d’exploser ? 

Les rappeurs aussi sortent de leur chambre : à moins de faire partie du top 10 des meilleurs vendeurs, un artiste gagne sa vie en performant en live

Apprendre à apprécier le rap de différentes manières, dans différents lieux, à différentes époques, arrêter de se poser des questions et faire confiance aux talents émergents, c’est la recette que je propose. Demande au public techno / métal si cette recette fonctionne. 

Le Savant fou

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Jérémy
Jérémy
10 septembre 2020 0 h 06 min

👏

Blelok
Blelok
10 septembre 2020 13 h 35 min

🧪

1.2.3
1.2.3
11 septembre 2020 15 h 47 min

Yesss le meilleur !

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